Congrès du SNESUP

Clarifications et efficacité syndicale

 

Ce jour commence  le congrès de notre syndicat, au moment même où s‘ouvre la discussion parlementaire autour du projet de loi Fioraso qui vise à modifier nos missions d’enseignement et de recherche et l’organisation des établissements d’enseignement supérieur.

Il importe de hiérarchiser les enjeux et les champs d’intervention qui doivent mobiliser les forces du SNESUP.

Si nous voulons une rupture législative autant que budgétaire avec les décisions prises ces 10 dernières années, il nous faut faire partager nos convictions comme nos priorités. Pour l’heure, nous en sommes loin, tant du côté des personnels que des étudiants mais aussi du côté des forces politiques qui sont majoritaires au Parlement. Quel est dans ce contexte le rôle du SNESUP ? Faire valoir que nos analyses sont avancées au nom des missions confiées aux universitaires que nous sommes et représentons, et donc aussi dans l'intérêt des étudiants et de l'avancée des connaissances. Il n'y a dans notre discours syndical aucune posture, mais une démarche argumentée fondée sur notre expérience et construite sur la base de propositions réalistes.

Des rencontres qui ont eu lieu ces temps-ci avec des parlementaires, il ressort très clairement que nous pouvons être entendus. Pour une part, la complaisance de l’UNEF avec le gouvernement et le silence actuel des étudiants ne font pas illusion. Par contre  la fonction des établissements d’enseignement (et pas seulement dans le supérieur) face aux questions d’emploi  est une préoccupation. Au SNESUP de démontrer que cette « entrée » face aux enjeux du supérieur n’est pas la bonne. Nous devons  d’ailleurs  sur ce plan être aussi plus exigeants sur les positions de la FSU, qui frisent parfois à une caricature de l’université. Ceci posé, nos propositions passent d’autant mieux que sont explicitées les connivences globales entre une majorité de présidents d’université et l’appareil politique du PS, connivences de fait amplifiées par la LRU. Celle-ci a détruit la dimension pluraliste collégiale au profit d’une logique de management entrepreneurial. Dans les faits, l’immense majorité des personnels universitaires – réduits à des soutiers du système – n’est plus en capacité de jouer son rôle dans le processus intellectuel qu’est la démarche universitaire… et le système court à sa perte.

Il nous faut faire entendre des revendications structurantes et rassembleuses.

1) La réintégration dans le budget de l'Etat de la masse salariale des emplois statutaires (liée aux dispositions RCE de la loi LRU), réclamée depuis le congrès du Mans comme des engagements pluriannuels de budgets, de recrutements et de titularisations sont incontournables. Après le SNESUP et d’autres syndicats, une  quinzaine de présidents à l’automne, c’est même la CPU  toute entière qui a récemment de nouveau fait observer (21 mars) la nécessité de sécuriser la masse budgétaire des établissements fragilisés par nombre d'évolutions décidées par l'Etat (GVT, réserves, titularisations, CAS,...).

2) Concernant le rôle de l’Etat (qui ne se réduit pas au gouvernement) – au nom des intérêts généraux de la société –, la loi doit donner de réels pouvoirs à des instances de régulation nationale légitimées par un mode largement électif de désignation. Le CNESER n’est pas central dans le texte du gouvernement : nous devons travailler à lui obtenir  plus de pouvoirs afin de casser les logiques de régionalisation. Il n’est pas légitime que les Régions avec ce projet de loi se prévalent de possibilité d'arbitrage entre les composantes universitaires sur le plan des filières de formation (et de leur localisation dans le cadre des « communautés ») comme sur les thématiques de recherche – ce qu'elles font déjà trop.

3) L'option pragmatique, reprise par les récents textes du SNESUP, concernant le rapprochement des voies du post-bac par le biais du rattachement budgétaire des crédits des CPGE et STS au MESR, n’est toujours pas explorée. Ce serait pourtant une voie d'évolution qui donnerait au texte de loi une portée de long terme très significative. Beaucoup de parlementaires sont sensibles à cette dimension.

4) De même la question des comités de sélection devrait être remise à plat : le recrutement des enseignants-chercheurs qui constitue un enjeu dépassant la seule communauté universitaire, est l'objet de propositions nombreuses et assez convergentes venant de tous les horizons.

Malgré un calendrier précipité, qui oblige le SNESUP à la clarté dans les objectifs revendicatifs et les moyens d’actions tant vis-à-vis des personnels que de l’opinion et des parlementaires nous devons agir pour que la loi à venir prenne en compte ces aspirations…même si aujourd’hui elle n’en prend pas le chemin.

La bataille n’est pas simple, elle doit être réorientée pour que l’expression de la communauté universitaire, celle de la société de fasse entendre en se comptant. Le mode « carte postale » ne le permet pas. Celui des AG, des motions, des manifestations… est indispensable mais pour l’heure encore timide. Un nouvel appel sous forme de pétition électronique aux revendications lisibles est possible. La lettre ouverte à Geneviève Fioraso dont quelques-uns avaient pris l’initiative n’est pas restée sans effet, elle a été signée par des militants SNESUP mais bien au-delà dans la communauté universitaire. La ministre, par sa réponse(*), montre qu’elle ne peut durablement rester indifférente à l’expression d’un nombre important de nos collègues, même si ses arguments politiques ne sont pas convaincants. Validée par le congrès du SNESUP, soutenue par d’autres forces syndicales et associatives, cette pétition-lettre ouverte pourrait aller vers les milliers de signatures qui contribueront à ébranler la logique actuellement à l’œuvre.

Voilà des pistes. Il faut regretter que la phase de préparation du congrès n’ait pas dynamisé cette bataille syndicale majeure dans laquelle le SNESUP tout entier devrait être rassembleur et moteur.

Jean Fabbri