Pas cette politique...pas cette loi

La discussion à l’Assemblée Nationale  s’achève  autour du projet de loi Fioraso qui modifie les missions d’enseignement et de recherche et l’organisation des établissements d’enseignement supérieur.

Avec  la crise économique et le chômage qui malmènent notre pays, la fonction des établissements d’enseignement (et pas seulement dans le supérieur) face aux questions d’emploi  est une préoccupation. Toutefois cette « entrée » repeinte sous les traits de l’innovation par la ministre est bien trop réductrice et prend le risque d’une vision utilitariste de l’enseignement supérieur et de la recherche. Si cette conception sort malheureusement renforcée –plus encore qu’avec la loi LRU présentée par V. Pécresse – le réel a forcé la porte par le biais de quelques amendements pour limiter l’abus dans le champ des stages et pour la reconnaissance   du doctorat.

Le gouvernement n’a pas voulu rompre avec les travers majeurs des choix politiques de ses prédécesseurs.  La gestion de la masse salariale des emplois statutaires reste confiée aux établissements et contribue  à les appauvrir sans que des engagements pluriannuels de budgets, de recrutements et de titularisations, pourtant jugés par tous incontournables, soient pris.

Avançant la fonction stratégique de l’Etat dans les discours, on peine à en trouver la trace, voire même celle d’un engagement international   dans le texte de loi. Au contraire  de donner dans cette perspective de réels pouvoirs à des instances de régulation nationale légitimées par un mode largement électif de désignation (le CNESER par exemple) la loi conforte et amplifie la régionalisation. Que les Régions se voient confier une possibilité d'arbitrage entre les composantes universitaires – plus généralement post bac publiques ou privées - sur le plan des filières de formation (et de leur localisation) comme sur les thématiques de recherche est le contraire des convergences peu nombreuses manifestées lors des Assises.

La dualité  de notre système d’enseignement supérieur devenu bien plus symptomatique en matière de réseaux d’accès à l’emploi qu’en matière de contenus de formation est renforcée par un dispositif qui dévalorise comme jamais les filières universitaires. L’occasion est ratée d’un réel rapprochement des voies du post-bac par exemple via le rattachement budgétaire des crédits des CPGE et STS au MESR. Cette  évolution aurait donné à ce texte de loi une portée de long terme très significative.

La loi  de 2007 (LRU) a bouleversé la dimension pluraliste collégiale du fonctionnement des établissements au profit d’une logique de management entrepreneurial. L’immense majorité des personnels universitaires – réduits à des rouages du système – n’est plus en capacité de jouer son rôle dans le processus intellectuel qu’est la démarche universitaire. Le rôle d’échelon démocratique et collégial de base assumé par les « facultés » ou « UFR » ne sort malheureusement pas renforcé alors qu’il permettrait de traiter au plus près des personnels et des étudiants les questions pédagogiques et scientifiques qui les concernent. Pire la logique de concentration-fusion qui vise à la formation de mastodontes universitaires est présentée comme inéluctable. Si le classement de Shangai cher à la droite est abandonné à son  ridicule, le « big is beautiful »  est  doublement asséné en v.o. et dans la loi !

En 2007, peu avant le vote par l’assemblée de la loi LRU, François Hollande,1er secrétaire du PS attentif aux arguments du SNESUP, avait indiqué que son parti etles élus PS pourraient "glisser d'une position d'abstention critique -initialement envisagée- à un vote négatif". (11/07/2007).

Et maintenant ?

Jean Fabbri