L'entrée et la réussite dans le post bac : enjeu essentiel

Des travaux et rapports récents fournissent des éléments  d’analyse contrastés pour cet objectif majeur du SNESUP. Raisons d’interroger la  figure  d’ « étudiant décrocheur » et bien des cataplasmes du plan réussite en licence ( PRL).

Dans le mensuel du SNESUP de septembre 2011

 

Christian Demuynck (sénateur UMP) a remis  début juin à V. Pécresse (encore ministre de l’ESR à cette date)  un rapport sur les "étudiants décrocheurs".  70 pro­po­si­tions  censées appuyer le plan réussite en licence  puisqu’ en France, 20%  (soit environ 75 000) des étudiants quittent en effet chaque année le supé­rieur sans diplôme. La conjonction de ce rapport   et de la révision de l’arrêté licence  (août) n’est bien sûr pas fortuite : tenter de construire une cohérence idéologique autour de dispositifs  qui signent la remise en cause d’un cadrage  national  des  contenus, des volumes horaires et de la valeur réelle des diplômes. De la même façon que le terme « élève en échec », celui d’ « étudiant décrocheur » tend à individualiser exclusivement des situations …et à refuser d’interroger les carences en particulier sociales de l’institution. Les mots mêmes annoncent d’avance le caractère illusoire du plan réussite en licence ce que  presque tous les observateurs constatent.

Sans tirer tous les enseignements de l'étude du CEREQ[1] sur le même thème, étude qui identifiait 4 types d'étudiants décrocheurs, les propositions  sénatoriales répètent pour l’essentiel les recettes ultralibérales : professionnalisation systématique et précoce, recours aux étudiants pour des tutorats, verbiage de l’"innovation pédagogique" et du recours à l’internet...sans prendre à bras le corps la dimension cruciale du besoin en enseignants et enseignants-chercheurs plus nombreux donc plus disponibles.

Les chiffres sont nets : le taux d'accès au sein d'une classe d'âge à une formation du supérieur reste stable autour de 47% , loin des 50%  de l'objectif au niveau  fin de L3  affiché par les stratégies européennes, quoi qu'en dise le gouvernement sur les effets du plan réussite en licence.

.La note du CEREQ portait pourtant d’intéressantes pistes. Réalisée à partir de données statistiques et d’entretiens  individuels suivis, elle  pourrait ouvrir la voie à des méthodes d’analyse  de l’entrée d’un néo bachelier  à l’université (mais aussi dans d’autres filières du post bac) au cours  et jusqu’à la fin du  premier semestre qui offriraient de réels progrès quant aux diagnostics de difficultés pour aller jusqu’au terme de la licence. Identifiant des causes distinctes cela devrait conduire à proposer des conseils et des stratégies de remédiation plus judicieusement adaptés en échappant à des schéma simplistes seulement fondées sur les CSP des familles et les bulletins scolaires  du lycée. Ainsi est repéré comme l’un des 4 types :

« le cas des jeunes qui se présentent comme de « bons élèves » dans le secondaire. A l’université, leurs méthodes demeurées scolaires et solitaires les éloignent des lieux et temps dits de « socialisation silencieuse ».

Alors qu’ils se consacrent à des tâches qu’ils jugent fastidieuses, assimilées à du « bachotage», ils ne décodent pas les attentes des enseignants sur les formes que doit prendre le travail d’approfondissement des cours. Les nouvelles règles pédagogiques et d’évaluation, leur échappent. Elles sont décrites comme des obstacles imprévus alors qu’ils étaient confiants dans leurs capacités d’apprentissage. Finalement, leur conformité au « métier » d’élève, considérée comme un atout, les dessert quand ils arrivent à l’université. L’échec leur est incompréhensible.

Plus attendu dans le diagramme

 

 

 

     Valorisation des diplômes

                        +                                                        -

                                     -

 

Anticipation de l’insertion professionnelle            

 

 

                                     +

Studieux

pris au dépourvu

(15%)

 

Raccrocheurs

à une formation professionnelle

(21%)

Décrocheurs

en errance

(35%)

 

Opportunistes

Arbitrant

entre formation et emploi

 (29%)

 

 

  tiré de cette note est le profil  de

« jeunes qui déclarent s’être inscrits à l’université « sans trop y croire » décrivent, quant à eux, un sentiment d’exclusion réduisant d’emblée leurs chances de réussite. Souvent bacheliers issus des filières technologiques ou professionnelles, ils incriminent leur « retard » pour expliquer leur échec. » 

 

Le rapport Demuynck  ne s’attaque pas aux vrais problèmes. L’angle privilégié est présenté comme celui de l’efficacité « économique »  du système, pour  limiter les dépenses considérées comme non « rentables » (au sens où la machine universitaire ne produit pas d’étudiant diplômé). Mais le  vrai handicap pour  la nation  des abandons d’étude n’est ni envisagé ni attaqué de front. Le dossier  du mensuel du SNESUP de septembre 2010 consacré aux enjeux pédagogiques du supérieur  reste d’une brûlante actualité.

 



[1] Note du cereq n°265 juin 2009