Scrutins présidentiels et législatifs de 2012 : quels enjeux de société

Scrutins 2012 : quels enjeux de société ?

Jean fabbri (mensuel du SNESUP, mars 2012)


En superposant les programmes des candidats à l’élection présidentielle et ceux des partis qui inspirent les candidats aux législatives de juin prochain, on trouve des projets qui abordent presque tous les sujets (au-delà des préoccupations majeures des citoyens) ;  dessinent-ils des ruptures profondes ?


La France dans le monde. Si N. Sarkozy a engagé (ou maintenu) les forces militaires de la France dans moult opérations, la grande majorité des propos de campagne des candidats vise à une politique étrangère moins militaro-atlantiste et appelle à un renouveau des initiatives politiques pour un ordre économique mondial plus soucieux de partage des richesses et de protection de la planète et de ses habitants. Sur l’Europe, la succession des crises économiques et financières, le poids des blocages liés au fonctionnement de l’euro, ont conduit à un nouveau traité conditionnant une certaine solidarité à un surcroît d’austérité sur le dos des salariés et des retraités,  et élaboré au seul niveau intergouvernemental. Les peuples sont ils conviés à s’y résigner, ou en seront-ils l’arbitre –via des referendum et l’exigence d’une autre logique ?  C’est une ligne de partage pas toujours explicite…


L’emploi et la politique économique. Face à cette véritable angoisse pour des millions d’habitants, les programmes sont là bien plus contrastés. La poursuite de « l’allègement du coût du travail » donc de cadeaux immédiats et différés aux entreprises marque l’UMP et le MODEM. Mais sur la question d’une éventuelle échelle maximale des salaires,  de la reconnaissance des diplômes et qualifications, du trop fameux Crédit Impôt Recherche, les différences sont réelles entre les forces se réclamant de la gauche. Ces différences se prolongent sur la fiscalité (directe et indirecte) comme sur la question du droit à la retraite et du calcul du montant de celle-ci, avec des interrogations sur les conditions de financement des mesures envisagées.


Réformes institutionnelles. Le cadre de la Veme République apparaît épuisé tant par les modifications dues aux enjeux internationaux croissants et  par un accroissement vertigineux des possibilités de connaissance et d’échanges que par la sclérose d’un système politique qui peu ou prou se reproduit à l’image méconnaissable des réalités sociales du pays. Toutes les forces politiques s’emploient à répondre à cet enjeu. A minima du côté Sarkozy ou Bayrou avec leurs suggestions de referendum fréquents, avec plus ou moins de radicalité ailleurs.


Libertés et culture. Dans l’escalade liberticide, N. Sarkozy le dispute à M. Le Pen ce qui ne surprend pas. Mais la place impartie à l’extension des libertés, comme à l’accès et au partage des dimensions multiples de la culture, est souvent comptée dans les plateformes électorales.


 Sans doute dans ce dernier aspect, les universitaires manquent-ils aussi dans leur plus grand nombre, à une responsabilité qui leur incombe pour partie : mettre sur la place publique l’ensemble des enjeux portés par l’avancée des connaissances.