Pous qui votent les universitaires?

Pour qui votent les universitaires ?

En même temps que se préparent les scrutins présidentiel et législatif d’avril à juin prochains, les universitaires (et les étudiants) ont été et sont encore appelés à élire les conseils qui fixent les orientations de chaque  université et en  désignent le président. Cette période d’élections est maintenant achevée dans une quarantaine d’établissements (sur 80) : la très forte participation électorale (80% environ) permet de formuler  le diagnostic vécu après la loi Libertés et Responsabilités des Universités (LRU)- adoptée dès les premières semaines du mandat  de N.Sarkozy.

 

Cette loi, présentée encore parfois,  comme un  succès de N. Sarkozy le plus souvent sur le seul énoncé du mot « autonomie »,   a provoqué un bouleversement universitaire  qui apparaît,  au verdict des urnes, comme une régression sans précédent.

Que peuvent dire les universitaires ?

 

Sont-ils toujours autorisés à s’exprimer d’ailleurs ? Pas toujours ! Au nom de dispositions pernicieuses de la loi, redoublées de jeux de pouvoir  dans lesquels excellent les réseaux mandarinaux médicaux et juridiques,  le choix s’est réduit dans plusieurs universités (Clermont, Versailles, …) à une seule  liste  de candidats. Et le pluralisme n’a été sauvé que de justesse à Créteil, Dijon, Boulogne. Très souvent jusqu’ici complaisants avec les orientations ministérielles qui prétendent favoriser l « ’excellence », mais ne font qu’exacerber les concurrences entre établissements, les présidents d’université sortants ont, en maints endroits,  tenté de limiter la possibilité qu’ont les personnels de donner un avis sur une possible alternative.

 

Une logique de moindre mal parait alors s’imposer dans les urnes.

 

       Elle  favorise à court terme  ceux qui bénéficient  des subsides des  Labex, Equipex, …et des équilibres financiers négociés avec les collectivités territoriales. Ainsi les présidents sortants ou leurs « dauphins » désignés, leurs choix passés et leurs inflexions récentes (inspirées par l’alternance politique qui s’annonce) sont souvent confortés. Le piège du mandat reconductible fonctionne : l’université version Sarkozy n’est plus le lieu de la collégialité mais celui de la gouvernance resserrée, d’une sorte de professionnalisation des fonctions d’impulsion, de représentation, de coordination  et surtout désormais  de management de projets. Le premier enseignement de ces scrutins  pointe ainsi  le rôle indirect des exécutifs politiques régionaux. Il y a bien là un changement profond de nature non seulement  dans les conditions qui rendent possible le travail scientifique et la diffusion des connaissances mais dans l’essence même de ces activités.

Des inflexions  critiques ancrées dans la réalité

 

 Si les scores des candidats  qui contestent  la loi LRU, ses dispositifs associés et  les dotations budgétaires étriquées, s’effritent donc parfois (Dijon, Créteil,  Paris 6, Rennes 2 , Le Havre), des évolutions inverses se dessinent  plus nettement  (Le Mans,  Angers, Grenoble, Nantes, Poitiers, Toulouse 2 et 3, Reims…) et cette liste a tendance à s’allonger en même temps que les débats politiques conduisent à cerner non pas la seule question de l’alternance, mais celle de son contenu. Quant aux gigantesques opérations de fusion d’universités à Marseille et en Lorraine, elles créent une telle  onde de choc et une telle concentration des pouvoirs que la réaction des personnels en est anesthésiée.

 

      Cette  vague de scrutins fait aussi  apparaître un des travers les plus cachés de la loi LRU: le rôle exorbitant accordé aux Professeurs des secteurs « santé » et « droit ».  En effet la loi donne à ces  deux secteurs un poids sans commune mesure avec la démographie des établissements et avec leur pluralisme thématique, ces mandarins (bien représentés à l’Assemblée Nationale par les Debré, Goasguen et consorts) ont obtenu  un rôle si incontournable que le nombre de présidents d’université issus de la médecine a déjà doublé.  C’est le signe d’un profond danger : le modèle contesté de formation médicale (comme celui de la recherche médicale et de ses liens avec les intérêts pharmaceutiques) ne peut devenir le modèle universitaire. Le message est clair : Il faut tourner la page de cette loi régressive.

Je