Lucidité et actions

Etats des lieux  Universités –Recherche

 

La situation dans l’enseignement supérieur et la recherche après 5 ans de sarkozysme et de conformité aux orientations de concentration  des lieux et thèmes  de recherche et de marchandisation des avancées scientifiques comme des diplômes, appelle  une mobilisation  des universitaires, chercheurs et étudiants. Toutefois ni l’analyse de la situation dans l’ESR, ni les mobilisations citoyennes ne peuvent  rester à l’écart des immenses enjeux qui touchent l’économie en France, en Europe dans le monde avec ses dimensions financières, d’emplois (et de chômage de masse), la  démocratie politique et sociale largement malmenée ces 5 dernières années.

 

Même avec les 2,3 millions de personnes dans le post bac (public+privé, formation initiale+ formation continue) et ses 300.000 (en gros) personnels salariés (pas tous fonctionnaires), notre domaine de préoccupations professionnelles n’est que l’un des pans d’un paysage politique sur lequel les politiques de droite ses sont acharnées. Il n’est pas le seul terrain où des ruptures sont attendues !

 

Le bilan des critiques, dans notre secteur, de la situation actuelle est assez largement partagé par les organisations syndicales et collectifs qui entretiennent un contact régulier et militant avec la profession et l’opinion publique. Le 4 pages publié par le SNESUP en janvier qui réclame abrogation de la loi LRU, du pacte Recherche, révision et augmentation des financements publics de l’ESR (incluant la suppression de l’actuel Crédit Impôt recherche), abandon du dispositif actuel de non-formation des enseignants du premier et du second degré…est peu ou prou  partagé par ces forces militantes et les collègues les plus engagés (y compris dans la contestation de l’organisation syndicale  SNESUP, soit dans son principe, soit dans son fonctionnement, soit dans sa direction,…).

Il est fondamentalement, comme toujours, et malgré les difficultés, de la responsabilité du SNESUP de fédérer et de faire converger ces forces organisées ou non.

D’autant que pour faire avancer les revendications critiques et les propositions qui sont portées (et qui ne font pas toutes accord entre nous), la question  du contexte économique, politique, comme du rapport des forces est décisive. Bien sûr nous inscrivons celui-ci dans une dynamique fondée sur les convergences évoquées plus haut ;  reste que la mesure assez précise de ce rapport de forces au sein de notre milieu AUJOURD’HUI est incontournable.

Il est assez facile de s’abriter derrière les exceptionnelles mobilisations du printemps 2009, pour en faire une sorte de référendum implicite dont les termes seraient aujourd’hui inchangés. Cela peut porter à de lourdes désillusions.  Les enseignants-chercheurs seuls, ou mêlés à d’autres universitaires ont depuis 2009 été consultés à plusieurs reprises : CTPU en 2010, CNU en septembre 2011 et récemment avec  l’ensemble de la communauté universitaire dans le cadre du renouvellement à peu près synchronisé des 80 conseils centraux des universités.  Les taux de participation : 28% au CTPU, 50% pour le CNU et plus de 70% dans les élections « locales » donnent déjà des indications, mais l’examen plus détaillé des résultats les plus récents CNU et conseils centraux des universités, là où le caractère représentatif des votes fournit  un état des lieux  incontestable. Au CNU les listes « non syndicales » sont données à  40% par le ministère dans un décompte savamment biaisé, une étude plus fine et moins à charge, les crédite de 35% soit légèrement plus que les listes SNESUP et d’union syndicale incluant le SNESUP. Dans  les établissements les résultats –indépendamment de l’élection du président de l’université  par le CA dans un cadre de très forte distorsion de sa composition du fait de la loi LRU-  des listes construites avec ou sans étiquettes syndicales en portant la critique radicale de la loi LRU et de ses déclinaisons statutaires et budgétaires sont,  sauf exceptions (Le Mans, Poitiers, Toulouse, Reims, Grenoble 3, Montpellier 3, …),  stables ou en retrait sur 2008. Il ne sert à rien de travestir la réalité du moment –que nous devons et pouvons faire bouger certes – mais qui ne fait pas du monde universitaire et de la recherche, pour les nouveaux responsables politiques placés par l’élection présidentielle à la direction des ministères, une poudrière.

La responsabilité qui incombe au SNESUP et singulièrement à sa direction nationale, c’est à la fois la fermeté dans les analyses et propositions tant vis-à-vis des collègues que du gouvernement, une volonté de fédérer comme entre 2005 et 2009, l’ensemble des forces et organisations syndicales et associatives sur la base d’une montée en puissance du rapport des forces par les initiatives les plus judicieuses compte-tenu de l’état d’esprit de la majorité des collègues et du soutien potentiel de l’opinion. Dès maintenant,  il convient par exemple d’être très vigilants et offensifs sur les signaux envoyés  à la communauté universitaire par les nominations (ministère et membres de l’entourage du ministre, conseillers, directeurs, recteurs…). La collusion à l’œuvre avec V. Pecresse, comme L. Wauquiez, entre le pouvoir politique, la majorité de la CPU et les réseaux du SGEN ne doit pas se poursuivre.

 

Dans cette perspective si le SNESUP, qui en 2009 a joué un rôle indéniable, ne peut que prendre sa part à des initiatives fussent-elles pompeusement nommées « ne pas trahir 2009,… », il doit y porter avec conviction sa stratégie. L’état des préoccupations des universitaires et des citoyens et le calendrier universitaire, permettent peut-être un feu de paille aujourd’hui dans notre secteur, mais ce n’est pas cela qui nous fera inverser les logiques en cours  en France et dans une large partie du monde. Nous avons besoin d’un mouvement plus puissant parce que réellement enraciné dans la grande majorité de l’ESR.

Je vois pour ma part quelques mesures immédiates qui permettraient de construire dans la durée le rapport des forces pour gagner l’abrogation de la loi LRU, confortant donc le service public et les libertés académiques et une refonte structurelle du financement de l’enseignement supérieur et de la recherche : dégel des emplois statutaires stérilisés dans les établissements par les difficultés financières de 2012 via une dotation spécifique de l’Etat et création de 1000 emplois via un collectif budgétaire, moratoire d’une année supplémentaire sur l’évaluation des EC, intégration de la commission du titre d’ingénieur CTI dans le CNESER  pour casser le rapport de domination du MEDEF sur ces formations,  rétablissement de l’année de stage pour les nouveaux enseignants du premier et du second degré.

 

En matière d’initiatives, les sections syndicales SNESUP doivent s’employer à vitaliser dès les prochains jours  des rencontres au sein des établissements en premier lieu avec les syndiqués et largement ouvertes afin que soient dressé sans retenue ni tabou l’inventaire des besoins des établissements : en matière d’emplois pour la conversion d’une large part des heures complémentaires en postes statutaires, en matière de démocratie (instances locales, labex, idex, pres,..). A côté de ces aspects, une campagne nationale  pour donner au service public d’enseignement supérieur et de recherche les libertés, les moyens financiers pour être à la hauteur des attentes de la société  serait bienvenue pour la fin du mois de juin (moment du bac…).

13 mai 2012,

Jean Fabbri