Horizon syndical

Horizon syndical

Nous sommes entrés dans une phase économique, sociale et politique dont bien des aspects sont renouvelés par rapport  aux récentes dernières années. Le SNESUP se doit d’y intervenir  avec  des orientations, des  modalités d’interventions et d’organisation les plus à même de faire avancer nos analyses et les revendications du monde universitaire.

Appuyés sur les valeurs qui nous lient : démocratisation, services publics, libertés scientifiques et citoyennes, rôle des sciences et de la formation dans l’émancipation des femmes et des hommes de ce XXIe siècle, les constats des dégâts objectifs des politiques économiques, sociales et universitaires conduites depuis 10 ans ne font pas vraiment débat, ni au sein du SNESUP, ni au sein d’une bonne partie de nos collègues.  La  situation est plus contrastée   à la fois dans l’opinion publique qui a une connaissance très partielle des réalités et des enjeux ET dans la tête de nos collègues quand il s’agit de faire coïncider intérêt scientifique et professionnel personnel (ou de l’équipe, du labo, de l’université…) et sens plus « politique »  et collectif.

En même temps les solidarités de classe s’émoussent, le cadre politique se recompose comme en attestent à  la fois la  faible tonicité des luttes sociales dans la longue période pré-électorale française et la participation comme la répartition des voix et des sièges dans les deux scrutins récents.

La question  même de la fonction des organisations syndicales est posée. Si le président sorti  le 6 mai  y voyait avec condescendance des «corps intermédiaires », il n’est pas certain que les forces politiques devenues majoritaires y voient autre chose qu’une courroie de transmission ou une variable d’ajustement. Les  tensions qui ont vu la naissance de la FSU ne sont pas révolues mais les cartes sont pour partie redistribuées c’est à la fois vrai dans le champ politique et dans celui à la cohérence  aujourd’hui fantomatique des courants de pensée sur lesquels repose  en théorie la vie de syndicats comme le SNESUP.

Toutes ces dimensions confèrent de grandes responsabilités aux militants  du SNESUP tant dans les établissements où la vie syndicale demeure très inégale que dans less instances nationales…et dans les échanges en réseaux entre tous.  Le dynamisme de  certaines sections syndicales comme Poitiers ou Le Mans –où nous avons tenu un congrès qui nous a inspiré l’un des rares moments de débats et de synthèse syndicale -  ne peut masquer un état  qui me semble très  déliquescent.  La capacité du syndicat à produire et diffuser des analyses fortes, cohérentes, novatrices et mobilisatrices dans notre milieu et à les  porter  de manière compréhensible et solidaire vers les étudiants, les parents, les citoyens  comme vers la presse et les responsables politiques est amoindrie. La voix du SNESUP ne s’entend pas et par effet de perspective  d’autres se font entendre. Si les thèses  connues,  que nous combattons sans relâche, de concentration-gigantisme- concurrence-innovation… ne manquent pas de vecteurs idéologiques  institutionnels  et de relais dans les médias ;  nos valeurs, nos propositions  paraissent figées, frileuses. Elles ne me semblent  pas s’inscrire dans une dynamique, mouvement dans lequel au-delà des militants et des instances qui les élaborent, des revendications et modalités d’action agrègent plus largement dans le syndicat, les adhérents moins investis et surtout au-delà de notre propre organisation, d’autres et plus largement encore celles et ceux qui ont objectivement en commun les mêmes intérêts : nos milliers de  collègues. Les ambiguïtés des textes publiés au nom de la direction du syndicat sur l’ « évaluation formative » ne nous aident pas et tendent à masquer  des réalités que, pour beaucoup, le SNESUP a contribué à imposer : pas d’alourdissement des services dans les faits, moratoire sur l’évaluation via le CNU pour des raisons de fond et pas seulement de calendrier. C’est donc fort de ce constat lié aux luttes de 2009, au succès des listes SNESUP au CNU qu’il nous faut obtenir dans un contexte nouveau d’autres cadres législatifs et réglementaires pour l’ensemble de l’enseignement supérieur et de la recherche. C’’est possible !

Au moment où  nos interlocuteurs politiques changent il n’est pas possible que le syndicat demeure miné par une timidité dans ses analyses comme dans  sa capacité de fédérer.

Dès maintenant des signaux lisibles doivent venir… afin de faire vivre la démocratie syndicale,  de produire des textes qui ne devront pas leur existence à la lassitude (des moyens matériels existent à cet effet !), de rendre compte des dynamiques intersyndicales et sociales dans et hors la FSU. La réorganisation  pour le moins du collectif de direction est donc une priorité afin de donner une nouvelle impulsion rassembleuse, créative et crédible. C’est possible sans drame : il y a bien des  militants  qui contribuent sur de nombreux plans à un réel ancrage du syndicat dans le concret des problèmes (le CNESER en particulier) et qui le font avec un rayonnement reconnu bien au-delà du SNESUP. Ce sont des urgences pour placer notre syndicat en capacité de jouer- pour le service public universitaire- tout son rôle dès la rentrée.

Jean Fabbri