Dans l'Humanité

Après le bac, il faut rénover et unifier l’enseignement supérieur

Humanité Quotidien
7 Septembre, 2012
Comment redonner confiance aux étudiants ?
PAR JEAN FABBRI, MAÎTRE DE CONFÉRENCES DE MATHÉMATIQUES ET DIRECTEUR DE LA FACULTÉ DES SCIENCES ET TECHNIQUES DE TOURS, ANCIEN SECRÉTAIRE GéNéRAL DU SNESUP-FSU.

La rentrée scolaire précède de moins en moins la rentrée universitaire : étudiants des IUT, des BTS, des classes préparatoires, mais aussi l’essentiel des cursus de licence, dans la quasi-totalité des universités, comme les écoles d’ingénieurs reprennent dès le début septembre le chemin des cours. On peut y voir un double signe : d’une part, la distinction entre le secondaire et le supérieur s’estompe et, au sein de l’ensemble du post-bac, les différences entre les filières tendent à se réduire.

À y regarder de près, cela interroge sérieusement.

Si l’idée d’une continuité entre les cycles d’études qui adosse les enseignements nouveaux sur les connaissances antérieures stabilisées est partagée, il est moins sûr qu’il en soit de même quant aux objectifs, aux contenus, aux méthodes… et donc aux rythmes. Avec des universitaires formés à des pratiques pédagogiques diversifiées et pertinentes – ce qui devrait être de plus en plus le cas –, il est pourtant bien plus stimulant pour les jeunes adultes, titulaires du sésame qu’est le baccalauréat, d’aborder leur poursuite d’études dans un contexte réellement nouveau. La nouveauté objective des études et la conscience de celle-ci fondent largement l’engouement pour celles-là et sont un aspect décisif du succès. Cet aspect plaide, puisque le nouveau gouvernement organise des assises sur les universités et la recherche, pour une prise en compte globale du post-bac.

Toutefois, au lieu de ne prendre en compte que la dimension des rythmes (voire des modalités de validation et de cumul de crédits ECTS dans les cursus), il serait judicieux de prendre à bras-le-corps la question des structures. Le système d’enseignement supérieur français ne peut progresser dans le domaine de son efficacité globale qu’en faisant un sort aux inégalités sociales qui le minent et qui, pour beaucoup, recoupent les différences de filières. Sur ce plan, l’intégration progressive, au sein du seul ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, de l’ensemble des cursus serait un pas significatif et contribuerait paradoxalement à la reconnaissance de la diversité des voies, des objectifs de connaissances et de professionnalisation.

Sur ce dernier plan, les multiples voix des étudiants entendues le disent toutes (et on les comprend !) : ce qui pèse le plus sur l’engagement dans les études, c’est la crainte de la vanité des efforts fournis, crainte d’un diplôme sans effet sur le marché du travail (même s’il est vrai que les menaces de chômage affectent moins les diplômés que les autres). Ainsi, il n’est pas possible d’atteindre une significative évolution de notre système d’enseignement supérieur sans remédier aux délocalisations industrielles et à l’arbitraire dans les rémunérations des salariés, et à la non-reconnaissance objective des diplômes.

D’autant que ce contexte engage des évolutions qui portent sur des temps moyens ou longs. La désaffection des lycéens, puis plus encore des étudiants en France (c’est assez différent dans de nombreux autres pays) dans leur choix d’études scientifiques et techniques (aggravée encore par les déséquilibres garçons-filles), ne se corrigera que lentement. Il s’agit donc de s’engager au plus vite dans cette voie qui rapproche au sein du monde universitaire, en favorisant toutes les passerelles, toutes les filières scientifiques et techniques. En la matière, le quasi-monopole qu’a exercé, depuis les années 1930, le patronat, via la Commission des titres d’ingénieur (CTI), sur la définition des formations d’ingénieurs n’a plus lieu d’être ; il est un frein au renouveau par son conformisme aux logiques économiques dominantes. La suppression de la CTI réaliserait une économie substantielle et alignerait, comme dans la plupart des pays, ces formations sur un monde universitaire renouvelé, fortement associé aux recherches des laboratoires.

Ce qui devrait fonder toutes les formations de l’enseignement supérieur est bien dans l’articulation forte entre recherche et enseignement dans toutes les structures et partout en France, rompant ainsi avec les choix sarkozystes privilégiant un tout petit nombre de sites dits d’excellence. Un tel lien qui se cristallise en premier lieu dans les pratiques des enseignants-chercheurs, dont le travail doit être facilité, reconnu sans suspicion, est l’une des clefs les plus stimulantes pour les étudiants. En outre, la dynamique de consolidation de l’emploi scientifique de haut niveau qu’il appelle (chercheurs, enseignants-chercheurs sur postes stables), concourt à tous ces objectifs.

À tous ceux qui vont arriver ces jours-ci dans les amphithéâtres un peu fragilisés par la nouveauté, il nous revient d’envoyer un clair message de confiance : les universitaires s’y emploient, le ministère doit se défaire de son immobilisme.

Comment redonner confiance aux étudiants ?

Après le bac, il faut rénover et unifier l’enseignement supérieur