Au Congrès de l'université

Intervention de Florence Alazard au nom des 15 élus des listes Ensemble à Tours

Après lecture et audition du rapport d’activité, après également en avoir débattu entre eux, les élus EàT ne peuvent évidemment que souscrire à un certain nombre d’actions dont l’urgence était criante et qu’il convient au demeurant de conforter encore, comme par exemple la politique d’accueil et de soutien des personnels et des étudiants handicapés ou encore le développement de la vie associative étudiante. Toutefois, l’ensemble du document ne peut recueillir l’assentiment des élus EàT qui adhèrent à une toute autre conception de l’université. C’est autour de 3 questions que se concentrent à leurs yeux les lacunes de ce bilan :

 

1)    La formation

Réduire les « innovations pédagogiques » à la seule « réforme des modalités de contrôle de connaissance » (p. 7. On peut d’ailleurs s’interroger sur la corrélation entre cette réforme et les résultats des étudiants), c’est méconnaître le travail quotidien des collègues dans les départements et les filières et c’est ignorer les débats nombreux que soulèvent spontanément les collègues autour de l’usage des nouvelles technologies, de l’articulation CM-TD-TP (quand la présidence ne la pense qu’en termes comptables), ou encore de la façon dont on peut rendre actifs les étudiants dans leurs apprentissages (par exemple avec les bibliothèques).

Faire de la professionnalisation l’alpha et l’oméga de la nouvelle offre de formation (p. 5 et plus particulièrement : « Environ 40% de ces spécialités sont maintenant à la fois ‘recherche’ et ‘professionnelle’ alors qu’elles n’étaient que 18% dans le contrat précédent », p. 27 : MOBIL), c’est aussi engager l’université de Tours dans une voie risquée, parce qu’on sait qu’une formation générale solide est, pour les jeunes, une des meilleures garanties contre le chômage.

La question de la formation des étudiants aux métiers de l’enseignement (via la préparation des concours et les masters) est curieusement négligée dans ce rapport d’activité, alors qu’il s’agit pourtant précisément d’une forme de professionnalisation. On comprend en réalité pourquoi : depuis 2009, l’université n’a pas soutenu ces formations, ne s’est guère préoccupée des relations avec l’IUFM et a laissé (dans le meilleur des cas, car elle est aussi parfois intervenue de manière autoritaire et contre l’avis des enseignants sur les maquettes) les collègues se débrouiller avec la mise en place d’une réforme et bricoler (souvent avec beaucoup d’art, d’ailleurs).

 

2)    La recherche

Avoir réduit le nombre des unités de recherche de 37 à 32 n’était pas une fin en soi, a fortiori lorsqu’on se souvient dans quel contexte cette réduction s’est opérée et quelle tension elle a provoqué chez les personnels. Encore faut-il d’ailleurs que le soutien aux nouvelles équipes se pérennise, en particulier en termes d’emplois, et d’emplois statutaires.

La politique de recherche ne peut pas non plus se résumer à une fuite en avant vers des financements dont l’origine est contestable (partenariats public/privé CERRP, p. 8, ou réseau national public-privé, p. 10), dont l’efficacité est douteuse (Labex tellement morcelés que les équipes qui les constituent sont en concurrence pour récupérer ce qui s’avèrent finalement moins rémunérateur que prévu, plus généralement « Investissements d’Avenir » très critiqués par la communauté universitaire), qui conduisent à une inféodation « aux besoins prioritaires de l’industrie » (p. 6) et dont on peut finalement se demander à qui ils profitent (on peut prendre l’exemple d’ALSTOM, qui sous couvert d’une implication vertueuse dans l’université, soutient en réalité, grâce à la défiscalisation, des entreprises — comme RCP Design — qui sont ses propres partenaires : on voit bien l’intérêt pour elles, mais quel est celui de l’université ?).

 

3)    La politique d’établissement

Le nouveau mot magique de ce bilan et du mandat qui débute est « le sentiment d’appartenance » (p. 13-14 et p. 27), qui remplace probablement le terme « excellence », probablement trop connoté et déjà obsolète. On peut prédire ce qu’il adviendra de ce terme, et des pratiques auxquelles il renvoie : le « sentiment d’appartenance » va rapidement devenir une injonction de l’institution qui représentera une pression supplémentaire sur les personnels qui démontrent tous les jours leur attachement à un service public d’État qu’il convient de renforcer.

La collégialité et la démocratie ne sont pas encore des pratiques courantes : la multiplication des comités de pilotage qui contournent le rôle des élus en témoignent, comme la censure contre certaines organisations syndicales. On aimerait bien aussi que le CT soit davantage entendu, en particulier quand il émet, comme cela a été le cas récemment, un avis négatif à l’unanimité concernant la politique salariale et contractuelle au CUEFEE.

Enfin, la perspective de la « smart specialisation régionale » (p. 26) ne peut pas nous réjouir : appuyée sur un AMI, elle construira une université aux antipodes de celle que nous voulons, avec un resserrement des thématiques de recherche, une concurrence entre les équipes et une soumission aux impératifs dictés par les collectivités territoriales.

 

Le contexte de cette nouvelle année universitaire est particulier. Les Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche, réclamées par la communauté depuis longtemps, se préparent dans un cadre en réalité décevant. Il faut donc, plutôt qu’une complaisance à l’égard des réformes passées, une forte mobilisation des universitaires pour proposer des alternatives.