Le blog de Jean Fabbri :

Après le bac: la sélection?

Dans le quotidien l'Humanité,

Après le bac, la sélection?

Le gouvernement s’apprête à modifier les conditions d’accès aux études post-baccalauréat par un dispositif de « pré-requis contraignants » pour entrer dans toutes les filières. Voici  donc  la SELECTION après d’autres remises en cause de « tabous » sociaux

2/3 d’une classe d’âge atteint le niveau du bac. Ainsi à l’entrée dans l’enseignement supérieur public non sélectif -la première année de licence- le public étudiant est-il très divers puisque s’y ajoutent des personnes en reprise de formation.  Est-il pour autant incapable de réussir  et de tirer bénéfice des études?  Examinons ce qui se passe à  l’UFR sciences et techniques de l’université de Tours : pour 1000 étudiants en première année, on décompte moins de 500 bacheliers  S (scientifiques) du mois de juin précédent : les situations de redoublements, réorientations sont donc très nombreuses.  Elles ne traduisent  ni ne préparent pas des échecs.  Avec des dispositifs d’accompagnement c’est moins de 10% des étudiants qui abandonnent ; c’est donc pour la grande majorité des inscrits un cheminement positif nourri de savoirs nouveaux  vers  une diplomation ultérieure. Le présupposé de l’échec  massif est faux.  

Les  dépenses  publiques diminuent alors que les effectifs augmentent ! Se créent ainsi des goulots d’étranglement.  Pas assez de place dans les IUT (les ouvertures sont refusées par le ministère) et les Sections de Techniciens Supérieurs et dans certaines filières universitaires. Quant  au  coût budgétaire et social des « classes préparatoires » il est  un marqueur lourd du post-bac  français qu’il faut mettre en débat.

Cette  rentrée voit  se prolonger la dégradation des conditions d'études des étudiants et de travail des personnels. En matière de recherche, la concentration des financements sur un petit  nombre de « projets » décourage des universitaires qui accomplissent pourtant honnêtement leur métier. Une partie d’entre eux  pourrait croire  à une embellie avec des étudiants triés et moins nombreux. Ce serait s’aveugler car la sélection signifie concurrence entre établissements; à ce jeu, une grosse poignée d'universités resteront concernées par les 3 cycles Licence-Master-Doctorat, les autres seront réduites à des collèges universitaires limités au niveau L. Ainsi s’effondrerait le lien enseignement/recherche et  la richesse thématique, l’enracinement national de nos connaissances et de leurs interactions culturelles et économiques avec la société tout entière.

Le droit de tout  bachelier à choisir son champ d'études est structurant et essentiel pour en assurer par son travail le succès. Des dispositifs variés d'accompagnement, d'aides financières aux étudiants, aux réorientations, incluant un plan de recrutement de titulaires, doivent être inscrits au budget. Le choix du pouvoir est tout autre : des filières qui excluent  et avant tout socialement, liés à des enseignements spécifiques suivis  avant le bac -ce qu’il appelle  les prérequis.

En 2007, N. Sarkozy et V. Pecresse voulaient aligner le système universitaire  français sur celui d’outre-Atlantique : autonomie/absence de statut national pour les personnel/sélection des étudiants. La résistance des universitaires y a mis un frein. Aujourd’hui : mêmes enjeux, l’issue n’est pas écrite ! 

Jean fabbri

Enseignant-chercheur en Mathématiques, ancien directeur de l’UFR sciences et techniques à Tours et secrétaire général du SNESUP-FSU (2005-2009).

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